Arqueología: L'émancipation féminine au temps des pharaons

MONACO ENVOYÉ SPÉCIAL

A près la princesse Grace Kelly à l'été 2007, les reines d'Egypte sont les invitées d'honneur de Monaco. Poursuivant une politique d'expositions estivales qui cherchent à créer l'événement sans lésiner sur les moyens - 4 000 m2 et 2,8 millions d'euros pour Néfertiti, Cléopâtre et leurs consoeurs -, le Grimaldi Forum plonge son public dans trois mille ans d'antiquité égyptienne. Avec une ambition louable : apporter un éclairage inédit sur un aspect peu exploré de l'égyptologie, le rôle des femmes dans les sphères du pouvoir.

Mère ou fille du roi, grande épouse royale, épouses secondaires ou favorites, de nombreuses femmes gravitent autour du pharaon et participent auprès de lui à l'exercice du pouvoir. Pour explorer leur rôle à géométrie variable est ici réuni un exceptionnel ensemble de deux cent cinquante pièces (statues, bijoux, bas-reliefs, objets quotidiens...), dont certaines quittent Le Caire pour la première fois.

Aux commandes de l'exposition, Christiane Ziegler, conservateur général honoraire du département des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, qu'elle a dirigé jusqu'en 2007, a tenté de "construire un discours savant, mais intelligible au plus grand nombre, sur un sujet complexe". Savant mais accessible... l'exposition semble en permanence chercher son équilibre entre ces deux pôles, sans toujours le trouver.

D'un côté, des pièces de grand intérêt, rarement vues, mais qu'on peine parfois à relier à l'argumentaire, tant la commissaire semble avoir eu peur d'ennuyer le visiteur en multipliant les panneaux explicatifs - l'audioguide est donc ici indispensable et le très riche catalogue pourra prolonger utilement la visite. De l'autre, une scénographie kitsch en diable, censée divertir le grand public.

Si le carton-pâte fait sens lorsqu'on évoque le mythe de Cléopâtre et Hollywood, ailleurs le décor écrase un peu les délicats trésors rassemblés par la commissaire pour ressusciter ses héroïnes. Où l'on croise, parmi beaucoup d'autres moins connues, Hatshepsout, visage peint en rouge sur un calcaire daté de 1479-1458 av. J.-C. ; Néfertiti, rayonnante d'un charme très actuel, le visage sculpté dans la pierre vers 1350 av. J.-C. ; Cléopâtre, immortalisée en beauté grecque - sans son nez - dans un marbre de 30 av. J.-C.

DANS LE SECRET DES HAREMS

La maternité est mise en scène par quelques pièces émouvantes - une statuette en albâtre translucide de la reine mère Ankhenesméryrê tenant son fils Pépi II, roi à 6 ans, sur les genoux (vers 2246- 2152 av. J.-C.) ; une figurine en métal cuivreux de la princesse Sobeknakht accroupie, allaitant son fils (1750-1650 av. J.-C.).

Mais ce sont le rapport au pouvoir et le rôle social des femmes qui forment l'essentiel de l'exposition. Un rôle qui se joue dans différents décors : le palais du pharaon, le temple des divines adoratrices d'Amon, souvent choisies parmi les filles du souverain, ou dans le secret des "harems", théâtre de tous les complots. "Ces derniers ne sont pas des lieux de réclusion comme en Orient, mais d'immenses propriétés agricoles gérées par une administration masculine, dont les revenus reviennent aux épouses secondaires et à leur maisonnée", précise Christiane Ziegler.

Pour la commissaire, l'Egypte ancienne fait aux femmes une place originale. "Sans être féministe, cette société laissait une large autonomie aux femmes, que pourraient envier certaines de nos contemporaines. La monogamie était la règle pour les simples sujets, les femmes n'étaient pas recluses dans un gynécée, elles avaient le droit de travailler, de posséder, de léguer, elles pouvaient être prêtresses..."

Reste que la royauté est réservée aux hommes. Seules de rares femmes, comme Hatshepsout ou Cléopâtre, pourront s'élever au rang de pharaon et régner en leur nom propre.


Reines d'Egypte,
Grimaldi Forum, 10, avenue Princesse-Grace, Monaco. Jusqu'au 10 septembre. De 10 heures à 20 heures ; jeudi et samedi, jusqu'à 22 heures. De 6 € à 10 €.
www.grimaldiforum.mc
Catalogue, éd. Somogy/Grimaldi Forum, 432 p., 49 €.

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