Debate: Quand la danse traite de la pornographie, "il ne peut y avoir de passage à l'acte"
Pour quelles raisons évoquer le thème de la pornographie, déjà présent dans la précédente édition ?
Cette tendance est de plus en plus lourde dans la société. Ce ne sont plus les mannequins qui sont les stars à la télé mais les "hardeuses". Avec Internet et le développement du virtuel, on assiste à un désir croissant de présence réelle qui se traduit curieusement par un penchant à la pornographie.
Cette tendance a, selon moi, soufflé un vent paradoxal de liberté chez les chorégraphes, qui sont de moins en moins dans l'abstraction mais de plus en plus dans l'incarnation. Il y a un réinvestissement de la sexualité dans la danse. La mise en scène de la différence des genres est beaucoup plus forte qu'il y a cinq ans. Ces recherches participent de l'évolution générale de la société.
Quelle limite vous êtes-vous fixée ?
Ne cédez-vous pas au racolage ?
Les spectacles, à l'exception par exemple de Coeurs croisés, de Decouflé, qui est un pur divertissement, sont loin d'être faciles. Ils sont même austères. Il m'importe surtout de poser la question franchement : est-ce que le corps est une marchandise ? Il s'agit de ne pas laisser le corps au commerce mais de permettre aux artistes de s'en emparer et de donner leur point de vue.
Trois thèmes sont évoqués dans ce festival. Le thème de l'auto-construction du corps et de sa représentation avec la pièce de Michel Schweizer, qui regroupe une danseuse classique, une strip-teaseuse et une culturiste ; celui du corps sacré avec le Canadien Benoît Lachambre, enfin celui du corps et de la technique avec l'adaptation de Crash, le roman de Ballard par Bruno Geslin.
Vous proposez, en parallèle aux spectacles, un débat autour de la pornographie.
C'est pour tenter de pointer ce qui menace la société. L'injonction à la jouissance est en train de tuer le désir. On est entré dans une ère de consommation absolue. On est aussi en train de vivre la plus grosse révolution culturelle libérale qui soit, car elle modifie de façon profonde et irrémédiable le psychisme, le regard et les relations des individus.
La sexualité n'est pas un self-service. Le désir se construit. Le corps est sacré. J'exagère, mais c'est un fait. Les gens ont par ailleurs, me semble-t-il, un mal fou à tracer une ligne de démarcation entre la pornographie et l'érotisme. C'est le respect du corps de l'autre qui fait la différence entre le porno et l'érotisme et j'aimerais beaucoup débattre de cet aspect-là avec des psychanalystes, des philosophes et des artistes.

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