Cultura: "La Joconde" mise à nu par la science
Après avoir été volée et retrouvée, avoir subi toutes sortes de métamorphoses sacrilèges de la part des artistes et être devenue une héroïne de best-seller et de blockbuster -dans Da Vinci Code-, La Joconde vient de voir résolu par la science le mystère de son "sfumato", ce voile vaporeux qui enveloppe son énigmatique sourire. Le déshabillage est dû à la caméra multispectrale mise au point par Pascal Cotte, directeur technique de la société Lumière Technologie. Cette machine projette un rayon lumineux qui permet de mesurer les spectres des composants, "une mesure à la fois optique (240 millions de pixels), physique et chimique". Toutes les couches du tableau peuvent être étudiées, jusqu'aux premiers dessins sous-jacents.
L'examen se fait sans toucher à l'oeuvre. La caméra multi-spectrale a donc regardé de toutes ses forces La Joconde, pour essayer de reconstituer la technique que Léonard de Vinci employait pour obtenir son "sfumato". L'enquête a été conduite par une chercheuse du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Mady Elias, qui en publie les résultats avec Pascal Cotte dans la revue de l'Optical Society of America, Applied Optics. Il en ressort que le "sfumato" est une adaptation par Léonard de la technique du glacis mise au point en Flandres au temps des Van Eyck et de Van der Weyden et exportée en Italie, peut-être par Antonello Da Messina. Il faut pour cela superposer des couches d'un seul pigment, très peu concentré - dans le cas de La Joconde une terre d'ombre, une ocre contenant un peu de manganèse. Les passages successifs créent le modelé en donnant le sentiment qu'il "sort" de la toile. Quant à la couche préparatoire, elle était composée de 99 % de blanc de plomb et de 1 % de vermillon, conformément aux habitudes du temps en Italie.
Plus que le détail des pourcentages, l'étude confirme par la physique et la chimie l'importance des relations artistiques entre les Flandres et l'Italie et l'intérêt de Léonard pour les plus récentes découvertes techniques. Etant donné ce que l'on sait de lui, de sa passion pour les sciences, de ses recherches en mécanique comme en géologie, il n'y a rien là de bien surprenant. Au moins en est-on désormais sûr.


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