Arte: A la Maison rouge, de battre le coeur de Boltanski n'a cessé

Le coeur est une installation récente - elle date de 2005 - de Christian Boltanski. Dans une pièce obscure, une ampoule s'allume et s'éteint au rythme des battements du coeur de l'artiste. Antoine de Galbert, fondateur de la Maison rouge, en ayant fait l'acquisition, la présente, plus impressionnante encore qu'elle ne l'était dans la galerie Marian Goodman. Les murs sont tapissés de rectangles de verre noir. Des photos de l'artiste à divers âges de sa vie passent et disparaissent. On entend nettement les battements de son coeur et nul n'ose parler, pas même à voix basse, tant la célébration de la vie est ici proche de la pensée de la mort et de la peur qu'elle suscite.

A partir de cette oeuvre, Boltanski a conçu un projet qui pourrait ne jamais finir, rassembler ce qu'il nomme Les Archives du coeur : enregistrer les battements de tous ceux qui le veulent et conserver ces traces dans une bibliothèque sonore qui devrait être construite dans l'île d'Ejima, au Japon, grâce à un mécène. Les visiteurs sont donc invités à faire enregistrer leur coeur dans une pièce à proximité afin qu'il prenne place dans cette collection universelle, sous leur nom.

Pour autant que l'on puisse en juger d'après le premier jour de l'exposition, ces archives pourraient être innombrables : il n'est guère de visiteurs qui n'aient souhaité contribuer à ce que Boltanski tient pour le début d'une légende : "Il y a une île dans la mer du Japon où sont rassemblés tous les coeurs du monde."

Le silence règne autant dans l'autre espace de la fondation, où la performeuse Marie Cool exécute les gestes lents de Sans titre (2004-2008), qu'elle a conçu avec l'artiste italien Fabio Balducci, son compagnon de création depuis 1995. Durant une vingtaine de minutes, de courtes performances se succèdent aux quatre coins de la salle, chacune associée à un dispositif géométrique minimal, une feuille de papier, des fils blancs tendus dans un angle, une sphère - blanche elle aussi.

Les déplacements des fils et des feuilles créent pour quelques secondes des volumes et des sculptures aériennes. La précision extrême rend surprenants les effets les plus simples - tel ce fil enflammé à une extrémité que l'on regarde se consumer lentement à la verticale. Sa destruction, ainsi montrée, prend à son tour force de symbole, de sorte que le voisinage avec Boltanski apparaît alors comme une évidence. Il y a autant de gravité, de fragilité et d'inquiétude contenues dans l'une et l'autre oeuvre.



La Maison rouge, 10, bd de la Bastille, Paris-12e. Tél. : 01-40-00-08-81. Du mercredi au dimanche de 12 heures à 19 heures, le jeudi jusqu'à 22 heures. 6,50 €. Jusqu'au 5 octobre.

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