Fotografía: Images énigmatiques de l'univers du catch

Mais que font ces sportifs étendus au sol, prostrés, apparemment inanimés ? Voilà des images étranges, qui contrastent avec le déluge de photos d'athlètes en pleine gloire dont on nous a abreuvés durant les Jeux olympiques de Pékin. La photographe Hermine Bourgadier s'est introduite au coeur des combats de catch pour en rapporter des images énigmatiques, aux couleurs chaudes et aux ombres denses : elle leur ôte tout contexte, on ne voit plus ni l'adversaire, ni le ring, ni la foule des spectateurs. Elle ne conserve de l'événement que le moment où le catcheur vaincu mime la mort.


Du coup, ici, pas de masque outrancier, pas de combat grotesque et surjoué : l'ensemble ressemble plutôt à une inquiétante scène de crime. Et le catch délaisse sa dimension comique pour prendre des accents tragiques.

Ce nouveau travail prolonge un intérêt ancien d'Hermine Bourgadier pour le domaine du jeu, dans sa dimension factice et théâtrale : elle avait exposé en 2006 au Musée d'art contemporain de Lyon des portraits saisissants d'adolescents immergés dans le monde virtuel du jeu vidéo. Là encore, la photographe plongeait dans un univers très masculin, pour dévoiler, derrière l'aspect ludique, la gravité de cette activité. Tension extrême du corps, esprit absorbé voire aliéné : à chaque fois, le jeu, dépouillé de sa légèreté, laisse éclater la tension et la violence qu'il présuppose.

Le parallèle avec l'acte guerrier se vérifie en bas, dans une salle où la photographe expose des images tirées de compétitions de jeux vidéo à Macao et à Hongkong. Entre les écrans vidéo géants qui émergent de la pénombre, les joueurs absorbés devant leur poste, la débauche de technologie et les spectateurs immobiles dans les gradins, on ne comprend pas très bien ce qui se passe. Mais la tension est palpable dans les regards et les attitudes. Les compétiteurs s'affrontent sur une scène virtuelle à coups de bombes informatiques. Un combat technologique et virtuel, à l'image de la guerre moderne, dont les images transmises sont de plus en plus irréelles.


"Nouvelles photographies", Hermine Bourgadier. Galerie Schirman & de Beaucé. 7 bis-9, rue du Perche, Paris-3e. Mo Saint-Sébastien-Froissart. Tél. : 01-40-47-67-29. Du mardi au samedi, de 11 heures à 19 heures. Jusqu'au 31 octobre.

Claire Guillot





http://www.lemonde.fr/culture/article/2008/09/19/galeries-images-enigmatiques-de-l-univers-du-catch_1097143_3246.html#ens_id=1094613

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