Cultura: Andrew Warhola était slovaque
MEDZILABORCE (SLOVAQUIE) ENVOYÉ SPÉCIAL
MichalBycko, enthousiaste fondateur, il y a dix-sept ans, du Musée Andy-Warhol de Medzilaborce, aux confins orientaux de la Slovaquie, est un commissaire comblé. Après des années de lutte pour la survie de son institution - autre grande collection après celle, en dépôt, du Musée de Pittsburgh aux Etats-Unis -, il vient de l'enrichir d'une soixantaine de sérigraphies sur toile du roi du pop art américain.
A huit heures de route de la capitale, Bratislava, ou à une heure et demie de la seconde ville, Kosice, Medzilaborce est le berceau de la famille Warhol. Les parents d'Andy, Ondrej et Julia Varchola - selon l'orthographe slovaque - étaient originaires de Mikova, un village des Carpates et avaient émigré en 1913 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, où est né, en 1928, Andrew Warhola, le vrai nom de l'artiste.
Si Andy Warhol, qui disait "venir de nulle part", ne s'est jamais rendu en Slovaquie, son frère John, qui y a rencontré en 1987 Michal Bycko, a largement contribué à la naissance du musée en donnant des documents et des effets personnels. Michal Bycko, professeur d'arts plastiques de 56 ans, s'est pris de passion pour l'oeuvre de Warhol au cours de ses études universitaires. Il n'a eu de cesse de préparer le retour au pays, au moins au travers de ses oeuvres, de l'enfant prodige. Jugé décadent par le régime communiste, il a fallu attendre la "révolution de velours" pour que son projet prenne forme.
"WARHOL CITY"
Sis dans l'ancien centre culturel à l'architecture peu alléchante, le musée a vu le jour en 1991, mais c'est seulement avec le tournant du siècle que les édiles locaux ont compris l'intérêt d'une telle institution dans leur ville. Grâce à des fonds européens, la ville a fait de Medzilaborce une "Warhol City", en portant une touche pop art aux abris d'autobus, trottoirs et façades ou en reconstituant un village traditionnel en bois, tel celui auquel pouvait ressembler Mikova au début du XXe siècle.
Parallèlement, M. Bycko, ne pouvant compter sur les pouvoirs publics pour acquérir des oeuvres d'Andy Warhol, bien trop chères, a fondé la Andy Warhol Society (AWS), qui sert d'intermédiaire aux collectionneurs privés. "Grâce à nos contacts aux Etats-Unis (la famille et la Fondation Andy-Warhol en particulier), je leur trouve des oeuvres à meilleur prix que dans les enchères", explique M. Bycko, qui conseille personnellement les acheteurs. "En contrepartie, ils s'engagent à nous prêter leurs acquisitions pour un à cinq ans minimum." Selon lui, ce système est "gagnant-gagnant" pour le musée, pour les visiteurs et pour les investisseurs qui réalisent une bonne opération susceptible de plus-value à long terme.
Les nouvelles sérigraphies exposées à côté de la centaine de tableaux détenus par le musée proviennent de cet arrangement : les cinq collectionneurs qui les prêtent sont tous de riches Slovaques "clients" de l'AWS, désireux de rester anonymes.
http://www.lemonde.fr/culture/article/2008/10/01/andrew-warhola-etait-slovaque_1101726_3246.html#ens_id=1101804


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