Música: Manu Chao, une vie de tournée
Vous ne ressentez pas de lassitude après cette tournée ?
Je n'aime pas beaucoup les avions, mais je pourrais passer ma vie dans un bus de tournée. En Europe, on a traversé des pays comme la Serbie ou la Roumanie. C'était si beau que ça donnait envie de lécher les carreaux. On a parfois fait des trajets de 35 heures, mais les gars ne m'en ont pas voulu.
Avez-vous le temps de profiter des pays que vous traversez ?
Parfois, on a juste le temps de renifler une ambiance. Il reste quand même de belles images, comme ce dimanche passé à traverser la Roumanie, avec des mariages dans chaque village. L'important est de revenir. La première fois que nous sommes allés en Amérique latine, en 1989, avec la Mano, nous avions très peu de temps, mais je me suis ensuite beaucoup servi des contacts qu'on avait pris là-bas.
L'Amérique latine est-elle votre terrain préféré ?
Que pensez-vous de l'évolution politique des pays latino-américains ?
Ce qui se passe avec Hugo Chavez au Venezuela est passionnant. Cette révolution ne sort pas d'un bouquin, elle s'invente tous les jours. Tout n'est pas parfait, mais Chavez fait confiance aux jeunes.
Il a aussi des détracteurs...
Le Venezuela n'est certes pas le paradis, mais pour beaucoup, Chavez est devenu le diable. Pour moi, c'est un lynchage médiatique comparable à celui de Cuba.
Y a-t-il des pays d'Europe pour lesquels vous avez autant d'attirance ?
J'adore les pays de l'ex-Yougoslavie. Peut-être parce qu'il y a quelque chose qui me rappelle la Galice (Manu Chao est galicien par son père) dans leur manière de faire la fête. J'adore les musiques des Balkans, cette façon de mélanger tous les sentiments, les rires, les pleurs.
Vous venez de chanter aux Etats-Unis. Comment évolue votre rapport avec ce pays ?
Avec la Mano Negra, on avait eu beaucoup de mal à imposer notre manière de travailler. Quand on ne fait pas comme eux, les Américains ne vous considèrent pas comme un pro. Quand je suis revenu sous mon nom, j'avais derrière moi le public latino. Le rapport de force a changé, j'ai pu imposer ma loi.
Aux Etats-Unis, votre public n'était pas exclusivement latino.
Avant, mon challenge était de ne pas décevoir ce public latino, aujourd'hui il est de convaincre des assemblées de 70 000 personnes, comme au festival d'Austin (le 26 septembre, au Texas). Je suis retourné aux Etats-Unis parce qu'il faut connaître ce qu'on critique. Je fais une distinction entre un peuple et son gouvernement. Cela dit, je trouve que c'est un curieux pays. Les gens semblent anesthésiés. On a envie de leur dire de se fâcher.
L'élection de Barack Obama ne vous semble pas un bon signe ?
J'ai trouvé magnifique ce qui s'est passé. Mais si j'ai été ému par l'événement, je ne suis pas sûr que le changement puisse venir d'en haut. Quelques jours après l'élection, j'étais à Londres, un chauffeur de taxi antillais m'a dit : "Obama, c'est Tony Blair peint en black." Ça m'a fait rire.


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