Música: "Welcome to Mali", l'album d'un titre
Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia forment le duo Amadou et Mariam, naguère surnommé "le couple aveugle du Mali", puisqu'ils sont tous deux non-voyants et tombés en amour à l'Institut des jeunes aveugles de Bamako en 1975.
D'une absolue bonne foi, ces sympathiques personnages se sont prêtés aux manipulations culturelles multiples qui tentent, parfois en toute bonne foi également, de transformer la musique africaine en un produit audible et appréciable par des oreilles occidentales, notamment par le milieu des amateurs de rock, plus rétifs en général aux exotismes que leurs cousins du jazz.
C'est ainsi qu'Amadou et Mariam firent leurs débuts officiels en France, en 1998, aux Transmusicales de Rennes.
Amadou, 54 ans, est un guitariste très tenté par le funk, un genre qui ne laissa pas l'Afrique indifférente ; Mariam adore chanter, en français ou en bambara, même si elle n'a rien des dons fulgurants des grandes griottes maliennes ou des as féministes du chant wassoulou, au sud du pays.
On ne demandera pas à Amadou et Mariam d'être des représentants de la complexité musicale africaine et de sa richesse. Encore faut-il que leurs admirateurs les aiment pour ce qu'ils sont : une bonne pâte qu'il est possible de façonner sans la gâter.
En 2003, Manu Chao avait produit avec eux Dimanche à Bamako, excellent album, sound-system politique et dansant, charmant, du pur Manu Chao, un opus que, s'il n'était respectueux de ses amis africains, il inscrirait à sa propre discographie. Welcome to Mali est davantage hybride. On y retrouve le fantôme de M (Mathieu Chedid) sur un titre (Masiteladi), le vétéran funk Juan Rozoff (Je te kiffe), ou l'Anglo-Nigérian Keziah Jones, qui transforme tout cela en afrobeat (Unissons-nous) de belle facture.
Mais surtout Welcome to Mali croise les chemins aventureux de Damon Albarn, ex-Blur, champion de la britpop, reconverti au virtuel (avec Gorillaz), à l'Afrique (Mali Music en 2001), à l'opéra chinois (Monkey, A Journey to the West), etc.
Pour le couple, Damon Albarn invente Sabali, une extraordinaire mise en espace des "Chéri, je te fais un bisou" de Mariam, avec boucles de synthétiseurs galactiques, chic, kitsch. Du jamais-vu. Ce titre est formidable, avec sa chute brutale - "Bye bye", dit Mariam, et tout s'éteint. Welcome to Mali s'effacera des mémoires, mais sûrement pas Sabali.
Véronique Mortaigne


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