Debate: Quand Rapa Nui n'était pas encore l'île de Pâques
LA DISPARITION DES ARBRES
En revanche, grâce à l'archéologie et à ses progrès, on connaît de mieux en mieux le mode de vie des premiers habitants, leurs huttes basses, les galeries de mine où ils extrayaient l'obsidienne pour la tailler en lames et armes, leurs hameçons façonnés en os, leurs parures de plumes, leurs tatouages et leur structure sociale. Ces informations sur la culture matérielle sont montrées dans la première partie du parcours, qui explique aussi la disparition des arbres. Longtemps, on a cru que l'île avait été déboisée par ses habitants. Il est admis aujourd'hui qu'au milieu du XVIIe siècle, une période de sécheresse, qui se lit dans la croissance et la salinité des coraux, ravagea les arbres qui, jusqu'alors, fournissaient la matière première pour les pirogues, les hampes de toute sorte - et pour l'agriculture. La crémation des morts fut abandonnée et les cultures déplacées dans des cavités volcaniques, faute d'ombre pour les protéger.
Les premiers visiteurs européens arrivèrent dans l'île plusieurs décennies après. On imagine la suite : les épidémies apportées par les navires, l'arrivée des missionnaires et des soldats. En 1862, des marchands d'esclaves péruviens s'emparèrent de la moitié de la population, soit environ 1 200 personnes. Il y eut 6 survivants. En 1877, il restait à Rapa Nui 115 habitants autochtones, qui subirent encore les méfaits des éleveurs de moutons venus de Tahiti, nouveau ravage écologique. Ce n'est que grâce à la mission de Thor Heyerdahl en 1956 que l'île, chilienne depuis 1888, a commencé à revivre.
Cette histoire désastreuse est aussi celle d'un peuple qui avait développé l'art de la gravure rupestre et de la sculpture de façon très spécifique. Si l'art rupestre et les figures de pierre ne peuvent qu'être évoqués par la photographie, l'ensemble des bois sculptés est d'une remarquable richesse. Il y a là une quinzaine de pièces dont l'étrangeté des déformations anatomiques et des expressions stupéfie. Pour en suggérer la splendeur, il suffit de citer la provenance de quelques-unes de ces oeuvres : elles ont appartenu à André Breton et à Tristan Tzara.
"Rapa Nui", Espace Fondation EDF, 6, rue Récamier, Paris-7e. M° Sèvres-Babylone. Tél. : 01-53-63-23-45. Du mardi au dimanche de 12 heures à 19 heures. Entrée libre. Jusqu'au 1er mars 2009.

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