Música: Erik Truffaz, Rendez Vous - Paris-Bénarès-Mexico

Erik Truffaz
Rendez-vous : Paris-Bénarès-Mexico
Blue Note / EMI / Jazz
Triple album pour le trompettiste ERIK TRUFFAZ, comme des carnets de voyages imaginaires en provenance de Paris, Bénarès et Mexico.
Créé le 30 novembre 2008 - par Christian Larrède
Pendant la crise, les gestes d’artiste continuent : Erik Truffaz donne Rendez-vous, un coffret de trois disques rassemblant musiques de rencontres et de voyages, textes et photos. Le trompettiste quadragénaire, considéré à ses débuts comme l’un des descendants directs de Miles Davis, sut, dès 1998, se frotter à la diversité, en empruntant les chemins du rap, du rock, et de l’electro. Il voue la plus parfaite admiration à Jon Hassell et lui emprunte parfois, dans son dernier enregistrement, un jeu minimaliste, les ponts jetés entre primitif et moderne, et le goût du son comme sculpture monumentale.
Aujourd’hui, Rendez-vous, articulé autour de Paris l’actuelle, Bénarès l’enracinée et Mexico la futuriste, n’est pas un disque d’introspections tortueuses, plutôt de découvertes de l’autre : « Je voyage de manière complètement imbécile, la plupart du temps. Demain, je pars pour Moscou, je vais arriver vers seize heures, et en repartir le lendemain matin, pas le temps donc de faire grand-chose. On ne peut pas tout faire, du tourisme ou de la musique. Et le tourisme, ça m’emmerde, ce que j’aime, c’est rencontrer des gens».
Paris d’abord. Durant une gestation de près de deux ans, le musicien a donc croisé en France Sly Johnson, ex beat boxer de Saïan Supa Crew, et articulé un répertoire – nourri d’une voix à rapprocher des pyrotechnies de Bobby McFerrin – autour d’un hommage à Robert Wyatt (« J’aime tout de lui, même ses derniers albums ») et de reprises des Beatles (Come Together), ou de Bryan Ferry.
Le volet Bénarès permet de croiser dans une salle du Goethe Institute l’immense chanteuse Indrani Mukherjee : « Lorsque j’invite des musiciens, j’ai coutume de ne pas leur dire grand-chose, de leur présenter simplement un tapis, sur lequel ils peuvent jouer : si ça colle, tant mieux. Avec elle, ça a été très réactif. Elle est sublime : elle pose sa voix, installe un climat, et, comme souvent dans la musique indienne, elle développe un sentiment d’espace et d’attente entre chaque phrase. » La session, effectivement méditative et recueillie, voire rêveuse, s’articule également autour de la présence du pianiste brésilien Malcolm Braff, compagnon de longue date, qui jette un pont entre l’Inde et l’Occident, et permet à Erik Truffaz le passage de l’un à l’autre.
Mexico, enfin, raconte comme un rêve de rencontre : « On était en tournée, quelque part entre Ensenada et Tijuana, avec ce paysage absolument grandiose de déserts et de montagnes. Le chauffeur du bus était un ami de Fernando Corona Murcof (voir encadré) et passait sa musique, qui m’a vraiment parlé. Je l’ai contacté à Barcelone, où il vit, et je lui ai envoyé un tapis sonore, des thèmes avec quelques accords et des voix, une sorte de chorale, et il a retravaillé le tout. » Il y a donc des histoires, de la musique, des histoires de musique, et l’expression de ce qui est devenu luxueux de nos jours : l’attente. « Ce sont trois aventures différentes qui, en ce qui me concerne, ont mis du temps à germer. L’exigence que j’ai par rapport à ce que je fais, implique que cela prenne du temps, pour que ces musiques me paraissent essentielles. S’il n’y en a pas de nécessité à s’exprimer, mieux vaut ne pas le faire. Et le plaisir, c’est que, comme la collection s’appelle Rendez-vous, je peux envisager dans l’avenir n’importe quel projet avec n’importe quel musicien».
L’avenir : son propre quartet, Richard Galliano ou même Pierre Henry, avec qui on retrouvera Erik Truffaz, doux trompette un peu rêveur, qu’aucun champ de possibles n’effraie. « La seule chose qui me fait peur, c’est moi-même : ne plus avoir d’imagination, de créativité… On n’est pas bon tous les jours, les concerts exceptionnels, ce n’est pas le quotidien : il y a la performance du groupe, bien sûr, mais également une sorte de spiritualité, qui émane du public. On est bien après, et le public aussi, je crois…On se dit alors que le groupe a joué merveilleusement bien, et que le public a joué merveilleusement bien, aussi…Finalement, il ne faut pas croire ceux qui assurent que dans le monde il n’y a que des saloperies…Et si je peux être l’un des tenants de la face positive de ce monde, c’est déjà ça».
http://www.lesinrocks.com/musique/musique-article/article/rendez-vous-paris-benares-mexico/

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