Cultura: Benjamin Biolay "Obama a un beau shoot à trois points"
Comment avez-vous réagi à l'annonce de votre nomination pour le César du meilleur second rôle pour Stella de Sylvie Verheyde ?
J'étais pas loin d'être en état de choc (rires). Aux Victoires de la musique, on est toujours un peu tuyauté, mais là, je ne m'y attendais pas du tout. C'était stupéfiant.
Qu'est-ce qui vous attire dans le cinéma ?
J'aborde la vie d'acteur avec un coeur d'enfant. Ce qui me séduit, c'est le côté collégial, comparé à la musique qui est un long monologue. C'est aussi la possibilité de se projeter dans d'autres vies. La mienne a été nomade, très heurtée. Elle a plusieurs fois changé du tout au tout. Le fait de jouer me permet peut-être de la démultiplier autrement. J'ai toujours été passionné de cinéma. Plus jeune, des films comme Johnny s'en va-t-en guerre ou Orange mécanique m'ont violemment marqué.
Votre expérience d'acteur a-t-elle redéfini votre rapport à la musique ?
C'est intéressant de créer des parallèles entre les deux. Par exemple, entre le cinéma de genre, qui tend à s'européaniser, et la musique urbaine, investie par des artistes de différents pays. Les gens se regroupent de plus en plus par genre : rap, pop, etc. En France, on bosse de plus en plus avec des Suédois, des Espagnols. Le monde a toujours été ouvert, mais il est devenu lisible. Il y a une traçabilité de la musique qui est devenue possible. On accède ainsi à des outils, des sons qu'on aurait ignorés à une époque où les médias étaient moins puissants, et ça crée des ponts magnifiques.
Une loi visant à contrer le téléchargement illégal va être adoptée en mars. Quel est votre avis sur la question ?
Je m'en fous. On ne peut pas demander aux artistes de fliquer les consommateurs. C'est le boulot des maisons de disques et des producteurs.
L'actualité politique et sociale en France vous inspire-t-elle en tant qu'artiste ?
Mes chansons relèvent plus de l'intime, mais la tentation d'écrire sur la politique est de plus en plus grande, parce que les menaces sont plus palpables qu'avant. En France, le président est tout-puissant. On assiste aujourd'hui à une décrédibilisation, une transgression de cette fonction présidentielle qui peut à terme conduire à une crise de régime. Sarkozy incarne et cultive un penchant de la France très flippant : le star-system, le people, le jeu de cirque permanent. Comme si le fantasme morbide de Bret Easton Ellis dans les années 80 – ce triptyque sacré de la jeunesse, de la richesse et de la célébrité, auquel on peut ajouter la beauté – s'était étendu à la sphère politique, pour finalement contrôler le monde. Parfois, j'ai vraiment l'impression de vivre à Disneyland.
Vous êtes un fan de basket américain. Comment trouvez-vous le jeu d'Obama ?
Bonne maîtrise du slam dunk. Beau shoot à trois points. Déjà, il est meilleur que moi (rires). Et sur le terrain politique, c'est un intellectuel à la tête des Etats-Unis. Obama, c'est un croisement entre Robert Francis Kennedy et Jean- François Bizot, qui a toujours dit que l'avenir du monde, c'était le métissage. On n'avait pas eu un mec aussi raffiné à la Maison Blanche depuis Kennedy.
Vous faites quoi de vos journées en ce moment ?
J'enregistre l'album d'Hubert Mounier. J'ai aussi commencé à travailler sur mon prochain disque, avant de tourner dans le film d'Olivier Gondry. Sinon, j'écoute en boucle les albums de Kanye West et de Lily Allen.


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