Música: Oasis est-il encore étanche?
Oasis entame une tournée française (première date le 30 janvier à Lille), qui s'achèvera en mars dans le gros Bercy parisien. Oui mais voilà: en 2009, Oasis, c'est bon c'est bon?
Créé le 28 janvier 2009-
par Thomas Burgel
Oasis est-il encore étanche ? Et l'Angleterre, l'est-elle ? Non. Et c'est le paradoxe : l'Angleterre flotte encore, normal c'est une île, mais elle a coulé depuis longtemps. Son Peuple, surtout. Mais dans l'ouragan moderniste, post-blairiste, une figure, quelques gueules, demeurent. Oasis, notamment. Sans doute la plus grande d'entre elles, les gueules.
Oasis étanche ? Pas certain : 15 ans et 796 hectolitres de lager tiédasse, ça dilate un peu les pores. Des tanches, plus certain. Mais pas n'importe lesquelles. On parle des frangins Gallagher, quand même. On fait pas beaucoup plus gros, comme mythe à l'Anglaise. Alors oui, il y a leurs gros fronts saillants qui résonnent de vide quand on les tapote. Effectivement, on a fini par se lasser de leurs déclarations faussement idiotes (mais souvent drôles), de leurs pseudo-scandales tabloïdaires et jamais méchamment scandaleux. Alors certes, le groupe a quand même, n'en déplaisent aux ayatollahs, sorti dans la décennie quelques albums « faibles ». Pour ne pas dire de bonnes grosses bouses -certains, même chez les fans hardcore, on en connaît, en avaient même fini par craindre les écoutes des nouveaux albums.
Mais en 2009, les gars de Manchester s'en sortent, finalement, plutôt pas mal. Plutôt bien, même -déjà, ils s'en sortent, et c'est déjà beaucoup. Leur Dig Out Your Soul est même loin d'être totalement mauvais. Si on était de parfaite bonne foi, on dirait même qu'il est plutôt pas mauvais, et dans un grand élan d'enthousiasme à peine feint, ou d'éthylisme véritable, on pourrait presque le trouver pas mal.
Oasis étanche ? Pas certain : 15 ans et 796 hectolitres de lager tiédasse, ça dilate un peu les pores. Des tanches, plus certain. Mais pas n'importe lesquelles. On parle des frangins Gallagher, quand même. On fait pas beaucoup plus gros, comme mythe à l'Anglaise. Alors oui, il y a leurs gros fronts saillants qui résonnent de vide quand on les tapote. Effectivement, on a fini par se lasser de leurs déclarations faussement idiotes (mais souvent drôles), de leurs pseudo-scandales tabloïdaires et jamais méchamment scandaleux. Alors certes, le groupe a quand même, n'en déplaisent aux ayatollahs, sorti dans la décennie quelques albums « faibles ». Pour ne pas dire de bonnes grosses bouses -certains, même chez les fans hardcore, on en connaît, en avaient même fini par craindre les écoutes des nouveaux albums.
Mais en 2009, les gars de Manchester s'en sortent, finalement, plutôt pas mal. Plutôt bien, même -déjà, ils s'en sortent, et c'est déjà beaucoup. Leur Dig Out Your Soul est même loin d'être totalement mauvais. Si on était de parfaite bonne foi, on dirait même qu'il est plutôt pas mauvais, et dans un grand élan d'enthousiasme à peine feint, ou d'éthylisme véritable, on pourrait presque le trouver pas mal.
Dig Out Your Soul a été vendu à la mode du jour. En écoute sur le net, avec des documentaires sur MySpace, des réseaux sociaux, des teasings, des bidules -un tel modernisme pour un groupe comme Oasis, c'est Léonard de Vinci qui invente le Minitel. On n'y croyait pas mais ça a marché : l'album s'est vendu comme des petits pains, bénis par tous ou presques, vieux fans de toujours, déçus de la deuxième heure, nouveaux amoureux conquis.
Dig Out Your Soul n'est pas foncièrement différent de ses prédécesseurs. Comme les premiers, comme les précédents, il mord encore et encore, toujours et toujours dans les mêmes poussières, ancestrales, que le groupe recrachait déjà sur ses premiers albums. Mais c'est justement là qu'Oasis devient passionnant. C'est un groupe conservateur. Et, bizarrement, le conservatisme, en Grande-Bretagne, a du bon. Parfois en tous cas, et avec Oasis, en l'occurrence.
Car le conservatisme d'Oasis, c'est faire un gros doigt à une nation totalement dévastée, à un pays passé en quelques années d'ami à haïssable. Oasis, c'est dire, grassement et bien fort, fuck à une certaine Grande-Bretagne populaire qui, avec une certaine Italie populaire, est devenue la tête de pont d'une certaine décadence occidentale, la pire de toutes, la plus dégueulasse, la plus insidieuse – la peur et les CCTV, l'ultralibéralisme crasse, la pauvre gloriole financière et, surtout, le petit Peuple définitivement mis en laisse, abruti de gonzesses à poil en pages 3, bourré d'émissions de TV réalité plus trash les unes que les autres.
Car le conservatisme d'Oasis, c'est faire un gros doigt à une nation totalement dévastée, à un pays passé en quelques années d'ami à haïssable. Oasis, c'est dire, grassement et bien fort, fuck à une certaine Grande-Bretagne populaire qui, avec une certaine Italie populaire, est devenue la tête de pont d'une certaine décadence occidentale, la pire de toutes, la plus dégueulasse, la plus insidieuse – la peur et les CCTV, l'ultralibéralisme crasse, la pauvre gloriole financière et, surtout, le petit Peuple définitivement mis en laisse, abruti de gonzesses à poil en pages 3, bourré d'émissions de TV réalité plus trash les unes que les autres.
Oasis est conservateur. Normalement, on dirait « c'est mal ». D'ailleurs, on aime généralement les groupes qui font avancer les choses. Mais Oasis est l'exception qui confirme la règle. Car les Gallagher offrent une nouvelle gloire à la bonne vieille Grande-Bretagne du bas, jadis bulldog rugissant de drôlerie et d'invention. Oasis réécrit England, England de Julian Barnes tous les jours -mais sans le second degré. Oasis, est une carte postale, un peu jaunie, attendrissante, un parfait souvenir pour le touriste : la terre des lads marrant, de l'humour tongue-in-cheek, des hooligans et de George Best le Nord-Irlandais, l'île du punk, des Beatles, du temps merdique et de la bouffe dégueu, de la bière tiède et des pubs brawls, bagarres avinées en sorties de pub, entre gens de bonne compagnie, pour se marrer.
Et puis Oasis, c'est aussi la scène. La morgue crasse des boys n'a jamais faibli. Leurs postures héroïques et tubes épiques, en réserve infinie, donnent toujours envie de grimper l'Everest avec les dents. Oasis, c'est l'un des plus gros sons des dernières années, un stock de refrains mammouths qui assurent des heures de bras levés, les briquets allumés, le pogo rigolard. Oasis, en 1995 comme en 2009, c'est le rock dans le caniveau. Mais pour reprendre Oscar Wilde, c'est aussi le rock dans les étoiles -"Oscar Wilde, c'est le récupérateur remplaçant de l'équipe du Hull City FC?" répondraient sans-doute les frangins Gallagher. C'est pas grave. C'est aussi leur charme.
Et puis Oasis, c'est aussi la scène. La morgue crasse des boys n'a jamais faibli. Leurs postures héroïques et tubes épiques, en réserve infinie, donnent toujours envie de grimper l'Everest avec les dents. Oasis, c'est l'un des plus gros sons des dernières années, un stock de refrains mammouths qui assurent des heures de bras levés, les briquets allumés, le pogo rigolard. Oasis, en 1995 comme en 2009, c'est le rock dans le caniveau. Mais pour reprendre Oscar Wilde, c'est aussi le rock dans les étoiles -"Oscar Wilde, c'est le récupérateur remplaçant de l'équipe du Hull City FC?" répondraient sans-doute les frangins Gallagher. C'est pas grave. C'est aussi leur charme.


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