Arte: La volupté sacrée de Filippo Lippi au temps de la Renaissance



C
omme toute bonne exposition, celle que le Musée du Luxembourg, à Paris, consacre à la Renaissance à Prato à partir et autour de l'oeuvre de l'artiste toscan
Filippo Lippi peut se voir de plusieurs manières. Assez limitée - une soixantaine de pièces -, présentée avec sobriété, elle instruit dans plusieurs domaines : en histoire politique et économique de l'Italie aux XVe et XVIe siècles, en histoire de la peinture et de la sculpture en Toscane et même, plus discrètement, en histoire des moeurs. Tout cela à travers des oeuvres dont beaucoup sont de très grande qualité : l'ensemble des Filippo Lippi, mais encore un Uccello, un Signorelli, un admirable buste en terre cuite de saint Laurent d'un anonyme florentin.
L'histoire politique est celle de Prato, petite ville trop proche de Florence pour être plus qu'un satellite de cette planète majeure. Mais Prato, au XIVe siècle, s'enrichit par le textile. Cette prospérité doit se voir : un duomo (cathédrale) est construit, qui puisse se comparer à ceux de Florence et de Sienne.

Il faut aussi des couvents, des chapelles, des tombeaux. Des commandes privées ou religieuses appellent à Prato architectes, sculpteurs et peintres. Célèbres autant que possible: Filippo Lippi (1406-1469), quoique né à Florence, joue le rôle de chef de file à partir de 1452. A la longue, Florence s'agace de ces ambitions : les mercenaires espagnols des Médicis entrent dans Prato en 1512, pillent, massacrent la population et anéantissent les prétentions de la ville, réduite à l'état de vassale terrorisée. Le "sac de Prato" est l'un des pires crimes de la famille des Médicis.

La proximité florentine se reconnaît dans un registre plus heureux, celui des oeuvres d'art. La présence d'Uccello, de Fra Angelico et de Botticelli dans l'exposition rappelle l'étroitesse des liens artistiques d'une cité à l'autre. On ne peint pas différemment à Prato et sur les bords de l'Arno.

Au début du XVe siècle, ce sont les mêmes recherches pour apprendre comment construire l'espace par la géométrie et la couleur et pour caractériser de mieux en mieux les figures humaines, à tel point que chaque sainte, chaque saint pourrait être un portrait. Au milieu du XVIe siècle, c'est une autre unité qui se manifeste, celle de la mode maniériste. Mais, au Luxembourg, ce n'est ni le premier style ni le dernier qui l'emporte, mais celui de Lippi dans les décennies 1450 et 1460, quand son atelier tourne à plein régime, peuplé d'assistants et de disciples.

SOUPLESSE DES MEMBRES

Profitant de travaux de rénovation à la pinacothèque de Prato, le Musée du Luxembourg expose côte à côte trois grandes compositions religieuses que Lippi a peintes avec son élève Fra Diamante. C'est un plaisir rare que de pouvoir les étudier tout à loisir et de près, d'y trouver les traces des corrections et des reprises, d'admirer comment Lippi réussit à satisfaire ensemble les exigences de l'art sacré - accessoires et expressions obligatoires des martyrs ou de la Vierge, auréoles, gestes suspendus - et celles d'un réalisme de plus en plus attentif à la vraisemblance.

Lippi peint moins l'enfant Jésus qu'un nouveau-né emmailloté et la Vierge Marie qu'une très jeune mère. Quand elle dénoue sa ceinture, sa robe garde la trace du ruban et Lippi l'indique d'une courbe et d'une nuance de rouge.

De tels détails, l'intensité des couleurs, le goût pour les tissus chamarrés et plissés, les chevelures bouclées, la souplesse des membres : autant d'éléments donnent à penser que Lippi n'était pas un ennemi de la volupté. Sa vie confirme la sensation : bien que chapelain du couvent de Sainte-Marguerite, il est dénoncé par un voisin pour immoralité. D'une nonne d'un couvent voisin, Lucrezia Buti, il a un fils, Filippino Lippi, né en 1457 - et peintre comme son père.

Cette situation familiale singulière ne devait pas être trop gênante dans l'Italie de la Renaissance, puisque, dessinant le tombeau de son père dans la cathédrale de Spolète, son fils l'y représente en habit de moine. Il ne cesse non plus de se réclamer de sa gloire pour obtenir des commandes, particulièrement dans sa ville natale, et de tirer profit de la protection des Médicis.

Les deux oeuvres de Filippino qui figurent dans l'exposition ne sont guère convaincantes. On l'y voit hésiter entre son père et Botticelli, dont il est l'élève à partir de 1472, sans trouver son style, sans atteindre ni l'aisance de l'un ni la grâce de l'autre.

"Filippo et Filippino Lippi. La Renaissance à Prato", Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, Paris-6e. Mo Saint-Sulpice. Tél. : 01-42-34-25-95. Entrée : 11 €. Du 25 mars au 2 août. Catalogue : "Silvana Editoriale", 238 p., 34 €.

Philippe Dagen
http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/03/25/la-volupte-sacree-de-filippo-lippi-au-temps-de-la-renaissance_1172416_3246.html#ens_id=1172486



Filippo et Filippino Lippi: La Renaissance à Prato

25 mars - 2 août 2009

Située en Toscane, à 15km au nord de Florence, la ville de Prato connaît un essor économique considérable du milieu du XIVe au début du XVe siècle, avant de tomber, conquise par les troupes des Médicis, sous la domination de sa rivale Florence.

Cette prospérité, qui repose principalement sur le commerce du textile et le développement des affaires, donne lieu à d’importantes commandes, aussi bien civiles qu’ecclésiastiques, et échanges politiques et artistiques avec Florence. De nombreux artistes (architectes, sculpteurs, peintres etc.) s’installent alors à Prato et aux alentours pour travailler notamment sur le chantier du Duomo.

Les Lippi, Filippo(Florence, c.1406?Spolète, 1469) et son fils Filippino(Prato,c.1457? Florence,1504), figurent parmi les artistes les plus respectés à Prato au XVe siècle. Chapelain du couvent de sainte Marguerite de Prato, Filippo mène une vie pourtant particulièrement dissolue que seul le patronage de son mécène Côme de Médicis met à l’abri de la justice florentine. En effet, Filippino est né de l’union de Filippo avec une religieuse, Lucrezia Buti; tous deux furent libérés de leurs vœux par le Pape Pie II grâce à l’intercession de Côme de Médicis.

L’exposition rassemble une soixantaine de tableaux et sculptures du XIVe auXVIe siècle, encore jamais prés ntés en France (et pour certaines oeuvres jamais sorties d’Italie), provenant en partie du musée municipal de Prato, situé dans le Palazzo Pretorio et fermé pour cause de travaux, ainsi que d’ autres institutions de la région. Elle offre une occasion unique de découvrir le riche patrimoine artistique de cette cité qui fut, sans conteste, un important foyer artistique durant cette période grâce notamment aux nouveautés stylistiques initiées par Filippo, puis Filippino Lippi lors de leurs séjours respectifs à Prato. Elle permet ainsi d’apprécier l’influence des Lippi dans l’avènement d’un style novateur, la Maniera, développée avec leurs plus proches collaborateurs (Fra Diamante et Domenico di Zanobi), puis relayée par leurs suiveurs (Tommaso di Piero dit Il Trombetto, Luca Signorelli, Zanobi Poggini, Raffaellino del Garbo, entre autres). Le rôle prépondérant des sculpteurs y est également mis en lumière dans une section consacrée aux autels de dévotion privée.

Le commissariat de l’exposition est assuré par Maria Pia Mannini, directrice du musée municipal de Prato, et Cristina Gnoni Mavarelli, historienne de l’art, Surintendance du Patrimoine historique et artistique des régions de Florence, Prato et Pistoia.

Conception, production et organisation de l'exposition:

sVo - Musée du Luxembourg en collaboration avec Contemporanea Progetti, Florence, avec le soutien de la ville de Prato et de la Surintendance du Patrimoine historique et artistique des régions de Florence, Prato et Pistoia.





http://www.museeduluxembourg.fr/


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