Cultura: Lee Miller agent communiste? Impossible à prouver!
LONDRES CORRESPONDANTE
Pendant près de vingt ans, alors qu'elle était installée à Londres, la célèbre photographe américaine Lee Miller (1908-1977), connue pour ses reportages de guerre et ses images surréalistes, a été surveillée par les services de renseignement britanniques. Des documents des archives nationales, rendus publics mardi 3 mars, font état de cette enquête dont Christopher Andrew, l'historien officiel du M15, les services de renseignement intérieur, juge aujourd'hui qu'elle était "totalement inutile".
Arrivée en Grande-Bretagne en 1939, la jeune femme blonde, qui fascinait par sa grande beauté classique, a très vite suscité l'intérêt du M15 et de la branche spéciale de la police. Et ce jusqu'à la fin des années 1950, même s'il semblait avéré, dès le début des années 1940, qu'elle ne représentait pas une menace pour la sécurité du Royaume.
MUSE ET AMANTE DE MAN RAY
Lee Miller s'installe à Londres après un bref séjour à Paris, au cours duquel elle fut la muse et l'amante de Man Ray. Elle est très vite suspectée d'amitiés soviétiques, alors qu'elle ne cache pas son affection pour Wilfred McCartney, un communiste britannique emprisonné en 1925 pour avoir été un espion de Moscou. Son deuxième mari, Roland Penrose, est par ailleurs vu comme un sympathisant communiste. Enfin, un collègue bienveillant du magazine Vogue, dont elle est devenue la photographe après en avoir été un mannequin vedette, jugeait qu'elle était une "communiste convaincue".
Filatures, courriers interceptés, amis surveillés... Malgré toute l'attention qui lui fut portée, les services britanniques n'ont jamais pu établir un lien entre Lee Miller et une organisation communiste.
Un rapport de 1941 la décrit comme "une communiste intellectuelle", mais note qu'elle est avant tout "une excentrique qui affectionnait la nourriture bizarre et les vêtements bizarres". Son patron de l'époque la décrivait également comme "violemment antinazie". Ses photos de survivants squelettiques des camps de Dachau et de Buchenwald, mais aussi de tas d'ossements humains et de cadavres empilés les uns sur les autres, restent célèbres. "Son communisme est plus une position morale qu'autre chose", peut-on lire dans un autre rapport de 1941, "et je n'ai pas pu prouver qu'elle ait été en relation avec une quelconque organisation politique subversive", écrit l'auteur.
Après la seconde guerre mondiale, Lee Miller abandonne la photo et se retire, avec son mari, dans la campagne anglaise, où elle finira sa vie, alcoolique et dépressive. Les services de renseignement britanniques poursuivent néanmoins leur surveillance, alors que l'amie de Pablo Picasso et du sculpteur Henry Moore collectionne les livres de recettes - plus de 4 000 - et reçoit ses amis artistes autour de dîners surréalistes, composés de spaghettis bleus ou de choux-fleurs cuisinés dans une sauce rose. Mais "l'idéaliste d'extrême gauche", comme la qualifie un rapport du M15 en 1956, n'est toujours pas une activiste...


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