Cultura: Les cinémas 1ère classe arrivent en Allemagne

Un groom pour garer la voiture au parking, un cocktail offert après avoir laissé le manteau au vestiaire, et surtout, une salle de cinéma dont chaque détail a été pensé pour que l'on soit au mieux pendant le film. Tel est le concept du Premium Kino ou "cinéma première classe". Un tel établissement de luxe, inédit dans le monde, a ouvert à Berlin, fin décembre 2008, sous le nom d'Astor Film Lounge. Et selon son inventeur, l'entrepreneur allemand Hans-Joachim Flebbe, ce nouveau type de cinéma ne peut qu'être appelé à se développer en Allemagne, et dans d'autres capitales européennes. Loin d'être un espace aseptisé du type "business class", l'Astor Film Lounge veut tout faire pour "célébrer le cinéma".
Outre son écran digital permettant les projections en 3D, la salle a été conçue de telle sorte que, où que l'on soit assis, on ne soit pas gêné par les voisins de devant. Le nombre de sièges (240) a été réduit de moitié, afin d'assurer à chaque spectateur un bel espace. De même que des courts métrages remplacent l'essentiel des spots publicitaires avant le film, Hans-Joachim Flebbe n'aurait voulu pour rien au monde altérer la touche vintage et glamour de cet ancien cinéma des années 1950. "Malheureusement, il ne reste plus tant que cela de vieux cinémas qui n'aient pas été détruits ou transformés...", regrette ce cinéphile âgé de 57 ans. Le plaisir et le luxe ont un prix : 15 euros la place au lieu d'environ 9 euros pour les salles normales.
La surprise, constatée avec les premiers clients, est que ce cinéma n'est pas réservé à une élite. "Tous les publics sont concernés, y compris les jeunes, prêts à mettre le prix s'ils ont quelque chose de particulier à fêter. C'est notre grand étonnement et c'est notre fierté", témoigne Jürgen Friedrich, gérant de l'Astor. Le Premium Kino "s'adresse à un public âgé en moyenne de 30 à 40 ans, qui ne supporte plus d'entendre ses voisins mastiquer du pop-corn quand il se rend dans un multiplex, mais qui n'a guère davantage envie de subir la vétusté des salles d'art et d'essai, explique Hans-Joachim Flebbe. Résultat : il ne va plus au cinéma, préférant regarder un DVD chez lui."

L'enjeu est là. Offrir un plus par rapport aux salles traditionnelles comme le cinéma à la maison. Justement le Kino possède un ingrédient essentiel : la communauté de spectateurs avec lesquels partager rires ou larmes. Il "permet d'être comme à la maison, tout en allant au cinéma", résume Hans-Joachim Flebbe, qui, bien que pionnier en 1989 des multiplexes en Allemagne, reconnaît s'être fait plaisir en imaginant "le cinéma idéal", celui dont il rêvait pour lui-même.

Lorraine Rossignol (Berlin, correspondance)

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