Arte: Les chefs-d'oeuvre retrouvés du Musée Cernuschi
Cette exposition a trois entrées possibles. L'une conseille d'aller directement aux chefs-d'oeuvre, quelques rouleaux signés des plus grands peintres de la Chine impériale, actifs dans les cercles lettrés des Ming (1368-1644) ou à la cour des Qing (1644-1911). Première image, immense et de bon présage : quatre Immortels (1547), flânant, épanouis, près d'une cascade.
Plus vaste encore, la représentation minutieuse, par cinq peintres impériaux, des bâtiments de l'académie d'Hanlin, alors que leur rénovation vient d'être achevée par l'empereur Qianlong, en 1744. Elle restitue très fidèlement et dans des couleurs vives, l'architecture, la situation urbaine et la vie (le banquet impérial) d'un monument, situé au sud de la Cité interdite, près de la porte Tiananmen, qui sera détruit en 1900 pendant la révolte des Boxers.
ENCRE SANGLANTE
Témoignage historique, oeuvre somptueuse, le prestige d'une telle peinture n'est guère concurrencé que par une représentation du XIVe siècle du moine Bodhidharma traversant le Yangzi (fleuve Bleu), et par deux grandes représentations du démon barbu Zhong Kui, l'une sombre et grise (vers 1700), signée par Dong Xu, spécialiste de ce genre émotif, l'autre, peut-être un peu plus tardive, comme trempée dans une encre sanglante, dessinée par Li Shizhuo, un artiste proche de Qianlong.
Une deuxième lecture de l'exposition porte sur la restauration de ces oeuvres fragiles, où le papier et la soie sont les supports de pigments malmenés dès l'instant où ils viennent en lumière. Pour le Musée Cernuschi, cette campagne obstinée aura duré quinze ans, et se poursuit encore pour quelques dizaines de rouleaux. Un colloque, fin mars, a réuni sur le sujet, à Paris, la fine fleur des spécialistes européens et chinois. Le sujet oppose poliment deux camps, celui, plutôt chinois, où restauration signifie remise à neuf, quitte à réinventer dessin et couleur, tandis que les Européens laissent deviner les manques et les réparations.
Troisième entrée, cette exposition met l'accent sur une période méconnue de la peinture chinoise, à cheval sur les XIXe et XXe siècles. Près de deux tiers des oeuvres présentées relèvent de ces recherches qui sont contemporaines des styles académiques en Europe, de l'enseignement des beaux-arts, ou de l'influence moderne des fauves.
Plusieurs artistes viennent chercher leur inspiration à Paris, d'autres au Japon. Quelques-uns la préserveront à l'étranger, fuyant le maoïsme ; d'autres, restés au pays, la perdront parfois dans les camps de la révolution culturelle.
Période émouvante. Plusieurs paysages de Zhang Yin (1761-1829), ou de Qian Du (1763-1844), peintre qui se réfère explicitement à la "manière des anciens", marquent une césure dans le parcours du musée. La peinture semble progressivement quitter le fleuve tranquille de la tradition pour explorer un delta au parcours incertain, mais dont les maîtres (Zhang Daqian, Pu Ru, Fu Baoshi) forment les repères somptueux.
"Six siècles de peintures chinoises, oeuvres restaurées du Musée Cernuschi", 7, avenue Vélasquez, Paris-8e. Tél. : 01-53-96-21-50. Jusqu'au 28 juin. Site Internet : www.cernuschi.paris.fr.

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