Arte: William Blake, peintre-graveur "illuminé"
Cet homme suscite des vocations passionnées. L'écrivain André Gide (1869-1951) l'a traduit en 1923 ; on a vu, lors du vernissage, fin mars, une jeune Britannique faire des pieds et des mains pour profiter d'un carton d'invitation ; des gens capables d'endurer un accrochage dense, et une foule serrée, pour entrevoir entre deux épaules un bout de dessin ; un historien d'art, Michael Phillips, qui a consacré sa vie à la seule étude du maître.
C'est ce dernier qui, avec Daniel Marchesseau, directeur du Musée de la vie romantique, à Paris, est le maître d'oeuvre de l'exposition. Il décrit dans le catalogue "les promenades solitaires" qui mènent Blake le long de la Tamise où, à Peckham Rye, surviennent ses premières visions. "Un arbre rempli d'anges et, une autre fois, des anges parmi les faneurs dans les champs." Il en a d'autres, notamment lors de son apprentissage chez le graveur James Basire, qui l'envoie copier les gisants de l'abbaye de Westminster où lui apparaissent le Christ et les apôtres.
Blake est un peintre qui fait des livres. Qu'il écrit à l'envers, en miroir, comme l'exige la gravure. Il les appelle les imprimés "enluminés". Illuminés plutôt. La seule critique publiée lors de son exposition personnelle de 1809 - l'unique de son vivant - le qualifie de "pauvre fou". L'exposition reçoit six visiteurs. "Cet homme se laisse emporter je ne sais où, vers l'Hadès ou quelque asile d'aliénés", commente l'un d'eux, l'essayiste Charles Lamb, qui ajoute "mais je pense qu'il est l'une des personnes les plus extraordinaires de son temps".
S'il connaît un certain succès comme graveur d'interprétation, ses propres oeuvres n'intéressent que quelques mécènes. Il ne vend qu'une douzaine d'exemplaires de ses Illustrations du Livre de Job. Il vit modestement, dans deux pièces dont l'une lui sert aussi d'atelier, avec sa femme qu'il a épousée illettrée et à laquelle il a appris à lire et à écrire. Elle l'aide aussi, y compris à trouver l'inspiration, "quand les visions nous abandonnent".
GISANTS GOTHIQUES
Comme il lui faudra redécouvrir William Blake : après sa mort, en 1827, son oeuvre tombe dans l'oubli. Il faut attendre 1863 et la publication d'une monographie par Alexander Gilchrist pour que l'attention se porte à nouveau sur son travail. Depuis, sa popularité ne s'est pas démentie. Blake a été chanté par Patti Smith et Jim Morrison. Et l'une de ses oeuvres est tatouée sur le dos de Francis Dolarhyde, le tueur psychopathe du livre Dragon rouge, de Thomas Harris (auteur du Silence des agneaux). Il est des admirateurs parfois encombrants.
"William Blake, le génie visionnaire du romantisme anglais". Petit Palais, avenue Winston-Churchill, Paris-8e. M° Champs-Elysées-Clémenceau. Tél. : 01-53-43-40-00. De 10 heures à 18 heures, fermé lundi. Jusqu'au 28 juin. 8 €. Catalogue, éditions Paris-Musées, 256 p., 39 €.


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