Cultura: Quand les artistes parlent d'écologie ce n'est pas pour devenir verts
NICE ENVOYÉE SPÉCIALE
Art et écologie, voilà un duo guère menacé d'extinction. Tarte à la crème pour temps de fonte des glaces, ce sujet est intelligemment abordé dans l'exposition "Acclimatation" de la Villa Arson, à Nice, jusqu'au 3 mai. Plutôt que de poser un regard candide sur le nouvel engagement vert des artistes, la jeune responsable de l'exposition, Bénédicte Ramade, propose une vision au second degré. Pas question d'art activiste ni de bonne conscience: la petite trentaine d'artistes invités s'affronte sans naïveté à cette problématique en hybridant à tout-va matières artificielles et matériaux naturels.
Loin de tout "greenwashing" - mode qui consiste à mettre du vert écolo à toutes les sauces -, le parcours commence par une forêt de sapins d'un nouveau genre : arbres géants et plats imitant ces bouts de carton qui diffusent un terrible parfum dans les voitures. Ici, ils sont enduits de pétrole et d'huile de vidange, un joli pied de nez à nos désirs dénaturés de nature réalisé par le collectif français bien nommé, BP.
En cet Eden pour troisième millénaire, les polymères se dessinent en herbier (Valère Costes), les chèvres se dotent d'un panier à linge (Carlee Fernandez) et les chiens sont méchamment sculptés dans des patates monstrueuses (Vincent Kohler)...
Un des artistes qui illustre au mieux cette tendance est le Français Pierre Malphettes: dans un pilier d'acier, il creuse une mousse en dentelle ; dans le verre, il sculpte un magnifique nuage.
S'inspirant des classifications des musées d'histoire naturelle, l'exposition de Nice s'ouvre sur le département "Pétrochimie" : là, une superbe carotte glaciaire sculptée dans le plastique transparent par le jeune Gyan Panchal est accompagnée d'une toile noire abstraite des BP, qui fait littéralement couler le pétrole.
En guise de "vivarium", les frères Chapuisat ont creusé dans les parois une termitière géante en débris de papier ; le visiteur peut l'arpenter jusqu'à devenir lui-même objet de curiosité, quand il débarque soudain dans la verrière de la Villa Arson, visible de l'extérieur. Au coeur du "Planétarium", un poétique aquarium contient un micro-paysage de Mariele Neudecker : dans un liquide qui semble fumée, sur des montagnes évoquant le romantisme allemand, se couche un soleil né d'un précipité des plus chimiques.
Toujours dans ce même esprit de contradiction vis-à-vis du politiquement correct, le Canadien Michel de Broin invente un vélo qui pollue, et l'Américaine Donna Conlon réalise dans une délicieuse vidéo une manifestation de fourmis, habituellement modèles de labeur. Quant à la Portugaise Gabrielle Albergaria, elle reconstitue dans "l'arboretum" un feuillu mutant à partir de bouts de bois récoltés dans la colline, à coups de boutures enchâssées dans des serre-joints. Quand la nature est un jeu d'artifices...
"Acclimatation", centre d'art de la Villa Arson, 20, avenue Stephen-Liégeard, Nice (Alpes-Martimes). Tél. : 04-92-07-73-84. De 14 à 18 heures ; fermé mardi. Jusqu'au 3 mai. Entrée libre. Sur Internet : www.villa-arson.org.
Voir aussi : Pierre Malphettes au Fonds régional d'art contemporain (FRAC) de Marseille. 1, place Francis-Girard, Marseille. Jusqu'au 26 avril.

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