Debate: Le "Martyre" de Debussy, est-ce de la bonne musique?
Si Debussy et D'Annunzio ont rêvé à une "oeuvre totale", il leur fallut travailler vite. Le musicien dut se résoudre à moins raffiner son travail que d'ordinaire, s'adjoignant même les services d'un assistant orchestrateur, le compositeur et chef d'orchestre André Caplet, qui dirigea la première.
Pour juger vraiment le Martyre, il faudrait oser le redonner dans sa forme première : un drame touffu de quelque quatre heures, au sein duquel la contribution de Debussy était une musique de scène sporadique. En réduisant le texte du Martyre et en le confiant au seul récitant, en "rapprochant" les pages musicales, l'oeuvre perd probablement en équilibre et en sens ce qu'elle gagne en "légèreté" et en rapidité d'exécution (1 h 10).
VOIX ÉTRANGLÉE
Une dimension importante, souvent gommée, est la volonté de Debussy de retrouver la pureté ogivale de l'ancienne polyphonie. On attend toujours qu'un choeur connaissant bien la musique de la Renaissance éclaire de manière autrement plus idoine cette dimension que ne le fait le Choeur de Radio France, qui chante mieux que dans le passé, mais qui reste insatisfaisant (les pianissimos anémiques et détimbrés des sopranos). Une clé probable à l'interprétation de cette musique n'a toujours pas été trouvée.
L'attraction de cette soirée était la présence d'Isabelle Huppert en récitante. On ne pensait pas devoir un jour écrire de cette comédienne fascinante qu'elle pût être mauvaise. Elle l'a été. Mal à l'aise, mal amplifiée, la voix trop haute, refusant l'emphase déclamatoire mais ne sachant trouver en ce cadre une vraie place vocale, elle a traversé la soirée comme un fantôme à la voix étranglée. A l'image du personnage qu'elle joue dans Villa Amalia, le film de Benoît Jacquot qui vient de sortir sur les écrans, elle est parvenue à se faire oublier.
"Le Martyre de saint Sébastien", de Claude Debussy. Théâtre des Champs-Elysées, Paris, le 9 avril. Diffusion sur France Musique le 13 avril à 20 heures.


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