Comic: Hugo Pratt, plus grand que nature
Cherbourg Envoyée spéciale
Casquette de marin, boucle d'oreille et léger sourire, Corto Maltese, le héros bourlingueur de bande dessinée, fixe le visiteur de l'exposition consacrée au dessinateur italien Hugo Pratt (1927- 1995). Il avait griffonné au stylo-bille son personnage fétiche. L'original a été numérisé puis tiré sept fois plus grand, ce qui permet de révéler l'élégante virtuosité du trait. Ce principe se répète à partir de plusieurs dessins - au Bic, au feutre, à l'encre de Chine, à l'aquarelle - ce qui donne une série de portraits géants de Corto, à découvrir au Musée Thomas-Henry de Cherbourg (Manche).
Ces épreuves pigmentaires sont dues au studio de l'imprimeur d'art Franck Bordas. Les croquis originaux de Pratt ont été choyés, comme les oeuvres d'artistes familiers du lieu. "Pierre Alechinsky, de passage au studio, a été séduit par le détail d'une case de La Maison dorée de Samarkand", lâche avec gourmandise Dominique Paysant, chargé de l'actualité culturelle au Musée et commissaire de l'exposition avec Véronique Liévin, directrice de l'artothèque locale.
C'est dans l'esprit des cabinets d'estampes que, depuis 2002, le duo conçoit ses biennales du neuvième art, au musée de Cherbourg. La manifestation, consacrée à Bilal en 2002, à André Juillard en 2006 et à Loustal en 2008, est désormais passée aux années impaires.
Cinq salles exposent une centaine d'oeuvres de Pratt: esquisses de personnages, croquis d'uniformes - l'une de ses passions - paysages d'Ethiopie ou d'Argentine où il a vécu, projets d'affiches et planches de BD. De Fort Wheeling (1962) à Mû (1988), celles-ci attestent de l'inspiration cinématographique de Pratt: cadrages, champs et contrechamps, zooms, contre-jours. Surtout, elles mettent en évidence un glissement vers l'épure, qui aboutit aux lithos monumentales de la dernière salle.
Ainsi, onze panneaux décomposent l'uniforme d'un grenadier britannique (Brr... Brrr !, 1967), douze panneaux les ondulations d'un couple de danseurs - pieds, regards, jarretelles (Tango, 1984) -, dix autres le visage d'une star de cinéma, série réalisée en 1994 pour le cinéma Ciné Qua Non, à Lausanne. "Le propriétaire, ami de Pratt, lui avait demandé de décorer le hall, raconte Dominique Paysant. En cinq minutes, il a jeté les esquisses des lithos sur des Post-it." Elégance et virtuosité, toujours.
"Hugo Pratt, périples secrets"
Musée d'art Thomas-Henry, 4, rue Vastel, Cherbourg-Octeville (Manche). Tél. : 02-33-23-39-38. Du mardi au samedi, de 10 heures à 18 heures ; dimanche et lundi, de 14 heures à 18 heures. Jusqu'au 20 septembre. Entrée libre.


Comentarios