Arte: A Rochechouart, des révolutions en exposition
Autant d'oeuvres qui se consument de l'intérieur, dans leur désespoir de révolutions avortées, dans leur manière de se heurter à un mur, de s'anéantir d'elles-mêmes.
Minimaliste new age, le musicien et plasticien La Monte Young propose ainsi, en guise de composition, de faire brûler un feu face à un public invité à en écouter les moindres éclats. Quant à l'Américaine Rosemary Mayer, elle transforme un feu d'artifice en partition conceptuelle, sur laquelle elle annote chaque explosion, et fait écho à la proposition poétique du conceptualiste américain Lawrence Weiner : "Deux pierres lancées dans le vent (jetant des étincelles)", est-il écrit sur le mur.
Pas de place ici pour la grandiloquence des certitudes : partout, le néant et le vain menacent ; la mélancolie gagne. Chez Katinka Bock, qui retourne des pavés sur eux-mêmes ; chez Michelangelo Pistoletto, qui renvoie des miroirs en vase clos. Et surtout dans l'installation du Suisse Ugo Rondinone : une bannière ornée de verticales, qui invite à s'élancer le long d'elle, tandis qu'une sombre ritournelle du groupe de rock Tindersticks anéantit toute capacité de mouvement, condamnée à ne jamais finir.
Enfin, dans le magistral grenier, tourne en rond un banc et ses chaises sous l'impulsion de l'Américain Bruce Nauman, tandis que Claude Lévêque, représentant la France à la Biennale de Venise, assène un dernier coup : dans une vidéo, projetée sur un mur laqué de noir, il donne sa version noir et blanc d'un feu d'artifice. Une vision à la fois palpitante et éteinte, qui annonce autant qu'elle le regrette "le grand soir".
"Nous tournons en rond dans la nuit", Musée départemental d'art contemporain, place du Château, Rochechouart (Haute-Vienne). Tél. : 05-55-03-77-91. Tous les jours, sauf mardi, de 10 heures à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 heures. 5 €. Jusqu'au 15 juin.


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