Arte: A Rochechouart, des révolutions en exposition

L'exposition proposée par le musée de Rochechouart, dans le Limousin, repose sur une phrase mythique: "Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu". A savoir, en latin: "In Girum Imus Nocte et Consumimur Igni". Comme tout palindrome, elle a la particularité de se lire dans les deux sens.
Le situationniste Guy Debord a rendu cette phrase célèbre, grâce à son film de 1978 qui la porte en titre. Parabole complexe sur le flux du temps qui, comme l'eau, éteint tout feu; sur l'Histoire qui étouffe les révolutions, ce film sert de coeur battant à l'exposition du superbe château Renaissance, transformé en Musée départemental d'art contemporain. Ardue mais admirablement menée, elle met en scène une série d'oeuvres récentes, peu montrées pour la plupart, autour de la notion de cycle, de boucle, d'aspiration au néant.

Autant d'oeuvres qui se consument de l'intérieur, dans leur désespoir de révolutions avortées, dans leur manière de se heurter à un mur, de s'anéantir d'elles-mêmes.

Minimaliste new age, le musicien et plasticien La Monte Young propose ainsi, en guise de composition, de faire brûler un feu face à un public invité à en écouter les moindres éclats. Quant à l'Américaine Rosemary Mayer, elle transforme un feu d'artifice en partition conceptuelle, sur laquelle elle annote chaque explosion, et fait écho à la proposition poétique du conceptualiste américain Lawrence Weiner : "Deux pierres lancées dans le vent (jetant des étincelles)", est-il écrit sur le mur.

Pas de place ici pour la grandiloquence des certitudes : partout, le néant et le vain menacent ; la mélancolie gagne. Chez Katinka Bock, qui retourne des pavés sur eux-mêmes ; chez Michelangelo Pistoletto, qui renvoie des miroirs en vase clos. Et surtout dans l'installation du Suisse Ugo Rondinone : une bannière ornée de verticales, qui invite à s'élancer le long d'elle, tandis qu'une sombre ritournelle du groupe de rock Tindersticks anéantit toute capacité de mouvement, condamnée à ne jamais finir.

Enfin, dans le magistral grenier, tourne en rond un banc et ses chaises sous l'impulsion de l'Américain Bruce Nauman, tandis que Claude Lévêque, représentant la France à la Biennale de Venise, assène un dernier coup : dans une vidéo, projetée sur un mur laqué de noir, il donne sa version noir et blanc d'un feu d'artifice. Une vision à la fois palpitante et éteinte, qui annonce autant qu'elle le regrette "le grand soir".

"Nous tournons en rond dans la nuit", Musée départemental d'art contemporain, place du Château, Rochechouart (Haute-Vienne). Tél. : 05-55-03-77-91. Tous les jours, sauf mardi, de 10 heures à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 heures. 5 €. Jusqu'au 15 juin.

Emmanuelle Lequeux

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