Cultura: Cartier-Bresson, le choc du grand format
C'est l'accrochage qui ressemble le plus à une exposition HCB, comme il y en a eu tant de son vivant, avec des petits formats alignés serrés. Quelques grandes images du Mexique, de Chine et d'Inde, des portraits aussi, manquent, mais l'essentiel est réuni, et les chefs-d'oeuvre figurent en rafale. Avec une dominante sur Paris, une autre sur l'Europe. C'est précieux pour celui qui ne connaît pas Cartier-Bresson. Décevant pour les autres. A cause des épreuves, plutôt ternes, qui datent du début des années 1980 et de 1997.
L'exposition au Musée d'art moderne de la Ville de Paris est plus petite, lacunaire. Plus excitante aussi. Il s'agit de la reconstitution d'une exposition de 69 photos, présentée à Fribourg en 1975, puis à Marseille, en Suède et à Milan. En 1982, HCB a donné l'intégralité de cette exposition au Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Et puis ces photos ont dormi plus de vingt-cinq ans.
VARIÉTÉ DES TIRAGES
Les voir sur les murs blancs du Musée d'art moderne de la Ville de Paris est un choc. Pour plusieurs raisons. D'abord les formats. On n'en a jamais vu d'aussi grands - 90 cm × 70 cm pour la plupart-, certains dépassent le mètre. La présentation surprend aussi. Ces tirages de 1975 sont imprimés sur une planche de carton très légère, fixée au mur sans vitre. La marge blanche qui entoure l'image - le carton, en fait - est plus ou moins grande. Pour deux photos, il n'y a plus de marge du tout, et donc l'image occupe tout le carton : le portrait de Matisse au milieu de ses pigeons, des gamins alanguis sous un porche, en Provence. Pourquoi ces deux-là ? Mystère. Les tirages surprennent encore par leur variété - parfois gris, parfois très contrastés.
Les grands formats, la variété dans la présentation, l'accrochage très aéré - c'est rare à ce point -, tout cela concourt au même effet : les photos se voient très bien, se dégustent une par une. Elles prennent de l'épaisseur, sautent aux yeux. D'autant plus que le choix est troublant. HCB aurait choisi "ce qu'il considère à l'époque comme le meilleur de son travail", dit Emmanuelle de l'Ecotais, commissaire de l'exposition. Il y a des chefs-d'oeuvre repérés, mais aussi beaucoup de photos inconnues, plus ou moins heureuses. Une voiture floue qui file sur une route, deux gamins dans la rue qui jouent à faire avancer droit une roue de vélo, une femme qui bronze au soleil, entourée de buissons.
C'est bien le mystère qui se dégage à la fin du parcours : pourquoi tant de surprises dans le choix comme dans la présentation ? A cette époque, HCB change de vie. Il arrête la photographie, sans vraiment l'arrêter, pour le dessin. Sans doute veut-il tenter autre chose que ce qu'on connaît de lui. C'est imparfait, inégal, mais merveilleux.
"Henri Cartier-Bresson, l'imaginaire d'après nature", Musée d'art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président-Wilson, Paris-16e. Tél. : 01-53-67-40-00. Mo Alma-Marceau, Iéna. Du mardi au dimanche, de 10 heures à 18 heures ; jeudi jusqu'à 22 heures. De 3 € à 6 €. Jusqu'au 13 septembre.
"Henri Cartier-Bresson à vue d'oeil", Maison européenne de la photographie, 5-7, rue de Fourcy, Paris-4e. Tél. : 01-44-78-75-00. Mo Saint-Paul. Du mercredi au dimanche, de 11 heures à 20 heures. De 3,50 € à 6,50 €. Du 24 juin au 30 août.


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