Cultura: La "Description de l'Egypte" en manque d'espace
Un cadre majestueux a été choisi: le dôme des Invalides, qui abrite le tombeau de Napoléon. La surface impartie à l'exposition est cependant bien modeste. La scénographe, Maddalena Giovannini, a dû faire des prouesses pour y présenter une quarantaine d'oeuvres et d'objets. Tout juste de quoi donner au public l'envie d'en savoir plus, par le moyen du catalogue ou d'un DVD-Rom complet de la Description.
La pièce maîtresse de cette exposition est un moulage du zodiaque de Dendérah, dont l'original se trouve au Louvre. Ce bas-relief appartenait au plafond de l'une des chapelles du grand temple d'Hathor. La voûte céleste y est représentée sous la forme d'un disque soutenu par quatre femmes, aidées par trente-six génies, ou "décans", qui symbolisent les 360 jours de l'année égyptienne. Plusieurs signes du zodiaque (le Bélier, le Taureau, le Scorpion ou le Capricorne) sont proches de leur représentation actuelle; d'autres appartiennent à la civilisation pharaonique, comme la déesse hippopotame, en face de la Petite et de la Grande Ourse, qui figure la constellation du Dragon.
Nouvel Alexandre, désireux de donner un statut spécial à son expédition, Bonaparte n'était pas parti à la conquête de l'Egypte, en 1798, avec sa seule armée: il emmenait quelque 160 civils de diverses disciplines, chargés d'étudier le pays des pharaons sous toutes les coutures. Parmi eux, des ingénieurs, des architectes, des orientalistes, des chimistes, des naturalistes... Ces "savants et artistes" ont fait sur place un travail extraordinaire, passant l'Egypte au peigne fin. De retour en France trois ans plus tard, ils ont été invités à publier leurs travaux dans un ouvrage commun, aux frais du gouvernement.
PAPYRUS ET MÉDAILLES
Une deuxième aventure commençait, éditoriale celle-là, qui allait s'étaler sur un quart de siècle. Elle était d'autant plus importante que l'expédition avait fini par une humiliante retraite: la science effaçait les revers militaires. La Description comprend 9 volumes in-folio de textes, d'environ 800 pages chacun, et 11 volumes de planches, réunissant plus de 3 000 illustrations. Elles ont été gravées au burin et à l'eau-forte sur des plaques de cuivre conservées à la Chalcographie du Louvre. Les papyrus et médailles, ainsi que la fameuse pierre de Rosette, sont reproduits à leur taille réelle. La papeterie d'Arches, dans les Vosges, a été la première en Europe à fabriquer, pour la circonstance, des formats "grand-Egypte" (135 × 70 cm) et "grand-monde" (113 × 81 cm).
Pour pouvoir graver plus rapidement sur ces planches immenses des ciels à nuances dégradées et des coupes architecturales aux teintes uniformes, l'inventeur Nicolas Conté, de retour d'Egypte, a mis au point une machine basée sur le principe du pantographe, qui servira par la suite à l'industrie textile. Et, pour permettre de ranger et de consulter des livres aussi volumineux, un meuble, inspiré de motifs égyptiens, a été conçu, avec diverses variantes. Celui qui est exposé aux Invalides appartient à l'Assemblée nationale.
Outil indispensable pour connaître l'Egypte de la fin du XVIIIe siècle, la Description est divisée en trois parties : Antiquités, Etat moderne, Histoire naturelle. S'y ajoute la carte du pays, au 1/100 000, en 47 feuillets. Une carte si détaillée que Napoléon a interdit de la publier dans la première édition (tirée à 1 000 exemplaires) pour ne pas offrir un précieux outil militaire aux ennemis de la France...
La "Description de l'Egypte", Musée de l'armée, hôtel national des Invalides, 129, rue de Grenelle, Paris-7e. Entrée libre avec le billet du Musée de l'armée (8,50 €.) Jusqu'au 21 septembre 2009. Catalogue, RMN éditions, 212 p., 59 € ; DVD-Rom établi par le Centre d'études alexandrines (éditions Harpocrate, Paris, 2006). Sur Internet : www.invalides.org

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