Cultura: La générosité de John Berger
Généralement, les écrivains plus près de la fin que du début de leur vie terrestre, ne prennent pas congé sans avoir auparavant réglé la délicate question du destin de leurs archives littéraires. Ainsi ces dernières années a-t-on découvert les sommes souvent très importantes déboursées par des universités et des grandes bibliothèques, américaines ou anglaises la plupart du temps, pour se rendre propriétaires des papiers de Norman Mailer, Salman Rushdie, Julian Barnes, Harold Pinter, Ted Hugues, Cormac McCarthy et de bien d'autres encore, sans oublier celles qui, telles Yale oule Harry Ransom Archive à Austin, traquent les archives d'auteurs français, Guy Debord par exemple. Ou encore Peter Handke et la bibliothèque nationale de Vienne. Voilà pourquoi le geste plutôt rare de John Berger n'en est que plus remarquable. Il faut dire qu'il lui ressemble.
Ce romancier, traducteur (de Mahmoud Darwich en anglais), essayiste, scénariste (pour Alain Tanner), peintre et critique d'art britannique, toujours aussi passionné, grande gueule et marxiste à 82 ans, beaucoup plus célèbre en Angleterre (surtout depuis son Bookerprize pour G en 1972) qu'ici en dépit des efforts de son éditeur français, Olivier Cohen des éditions de l'Olivier, vient en effet de faire don de ses manuscrits, correspondances, articles, photos, scripts, textes divers à la British library. Sans contrepartie d'aucune sorte. Si, une tout de même, et de taille : que le conservateur chargé de l'inventaire vienne lui-même chercher les dizaines de cartons à Quincy, son hameau perché à Mieussy (Haute-Savoie)…. "John Berger a rendu célèbre la Haute-Savoie en Angleterre en évoquant la vie des paysans là-haut, notamment dans "Pig Earth". C'est un livre très suggestif. Berger y montre une volonté de partager en profondeur la vie intérieure de ces personnes. Il participe volontiers aux fêtes de village, comme la fête du cidre, au sein de laquelle on presse les pommes" fait remarquer un écrivain qui vit tout près et le rencontre souvent, Rémi Mogenet.
Il faut dire que depuis des décennies, Berger, qui n'en est pas moins un écrivain engagé dans les luttes de son temps, vit dans une ferme retirée des Alpes, au bout d'une route étroite sinueuse qu'il pratique à dos de moto, par-delà falaises et torrent. L'homme de la British Library, directeur de la section des manuscrits de littérature contemporaine, qui n'a pas vraiment l'habitude de ce genre d'escapade, devait rester en contact avec la civilisation tout au long de son péripledans la vallée du Giffre en donnant de ses nouvelles régulièrement par Twitter.
(Photo Jean Mohr)
Pierre Assouline
http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/06/23/la-generosite-de-john-berger/


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