Música: Les quatre minutes de tournis d'Erik Truffaz et Sly Johnson

En écho au projet "Paris", Erik Truffaz (trompette électro hip-hop) en trio sur la scène du New Morning. A gauche, Philippe "Pipon" Garcia, enclumeur léger, la main baladeuse sur ses boîtiers. Au centre, jeune homme blond aux yeux bleus, son planant ou traits acides, pédales en tout genre, Erik Truffaz, l'autre voix de la trompette. A droite, un très truculent Sly Johnson, boîte à rythme vocale ("human beatbox") du groupe Saïan Supa Crew. En face, le décisif ingénieur du son. Côté dansant, public debout. Bien entendu, ce son aussi céleste qu'électrique, ce Sly Johnson aux acrobaties vocales très marrantes, ourdissent un charme, un sortilège, très euphorisants. Vu qu'il s'agit d'une musique plutôt facile à jouer mal, la puissance de feu d'Erik Truffaz en scène reste vraiment éblouissante.

Juste avant le rappel (un Eté 42 réduit à l'essentiel, un délire parfaitement climatisé, plus le Love Supreme de Coltrane pour la route), juste avant, entre 22 h 07 et 22 h 11, il s'est produit un de ces miracles pour lesquels on y retourne sans se lasser : quatre minutes de tournis, l'instant où la musique "prend", aspire ses musiciens qui la voient courir, d'inconscient à inconscient, magique, ce qu'on peut nommer transe ou danse - mais pas transcendance : rien de plus net, de plus assuré, que ce corps à corps, cette expérience (mot-clé de Jimi Hendrix) qui produit à la fois sa secousse et son plaisir. Inenregistrable.

Francis Marmande

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