Cultura: L'Art Institute de Chicago gagne une nouvelle aile signée Renzo Piano

CHICAGO (ETATS-UNIS) ENVOYÉ SPÉCIAL

Plusieurs jours de festivités ont salué, fin mai, l'inauguration de la nouvelle aile de l'Art Institute de Chicago (AIC), créée par l'architecte Renzo Piano pour l'un des plus beaux musées du monde - notamment pour ses peintures. De Rembrandt à Poussin ou Goya, à travers des oeuvres d'une exceptionnelle qualité, comme celles de la collection des impressionnistes : Cézanne, Degas, Caillebotte, Van Gogh, Renoir...

Tout ce beau monde est resté dans les salles historiques, rénovées. De même que l'art asiatique, africain, ou celui des pionniers américains qui devraient attendre 2010 pour voir leur cadre de vie repensé. La crise est arrivée entre-temps, et le délai pourrait être plus long. Les modernes, Bonnard, Picasso, Matisse, Mondrian, Balthus, Kandinsky, sont passés dans les nouveaux espaces de Piano, de même que les artistes contemporains de l'après-guerre, essentiellement des artistes américains de la meilleure facture.

Comme au MoMA (New York), l'architecture a ici une large place. Daniel Burnham, qui fut l'un des principaux architectes de Chicago, même s'il reste moins connu que Louis Sullivan et Frank Lloyd Wright, légua sa bibliothèque à l'AIC. Depuis, le musée s'est fait un devoir et une spécialité de récupérer tous les morceaux, petits ou gros, que la spéculation laisse sur le carreau. Lors de la destruction, en 1971, de la Bourse de Chicago, chef-d'oeuvre d'Adler et Sullivan (1894), l'AIC s'arrangea pour en récupérer l'entrée monumentale et pour reconstituer la salle des marchés.

Tout est parfait, presque trop, dans la lignée des meilleurs projets classiques de Renzo Piano, 72 ans, architecte prolifique aux Etats-Unis comme en Europe, qui a récemment donné à New York la tour du New York Times.

TOITURE BAROQUE

La nouvelle aile de l'Art Institute se déploie sur 25 000 m2, soit 30 % de plus que ce qu'offrait l'assemblage assez étrange du musée néoclassique d'origine et de ses agrandissements remontant à des périodes moins heureuses de l'architecture. Piano a dessiné son extension, en l'alignant sur le large corridor de voies ferrées Nord Sud qui cisaille Grant Park, l'ouvrant largement à la lumière du jour alors que la lumière zénithale, voire la pénombre, caractérisaient le vieux musée. Mais l'architecte s'est arrangé pour que tous les obstacles nés des pesantes circulations qui fractionnent le parc s'évanouissent.

Le contraste reste rude avec les agrandissements précédents, qui n'ont pu bénéficier d'un lifting minimum, la précipitation s'étant ajoutée aux effets de la crise qui frappe les institutions culturelles du pays (Le Monde du 4 mai). Si l'équilibre se rompt avec le passé, il se rétablit grâce au dialogue créé avec le Millenium Park, partie nord de Grant Park, que Richard M. Daley, maire depuis 1989, a pris en main pour le passage du millénaire. Face à l'AIC a été construit le Jay Pritzker Pavilion, grande scène en plein air, dont la toiture baroque et dorée dénonce clairement son auteur, le Californien Frank Gehry (l'auteur du Musée Guggenheim de Bilbao).

Retour aux sources. A trois stations de l'Art Institute, côté sud, le Campus de l'Illinois Institute of Technology (IIT) donne l'une des plus belles leçons de tolérance de ces dernières années (2003). A la hauteur de la célèbre école d'architecture de Mies van der Rohe, l'une de ses plus belles réussites, et pas la moins orthogonale, Rem Koolhaas a été appelé pour imaginer un centre (le McCormick Tribune Campus Center) destiné à accueillir tout ce qui rend la vie plus facile aux étudiants : restaurants, bibliothèques, salles de jeu, de sport ou de travail. Il a glissé sous le métro aérien un ensemble étonnant, séduisant, lumineux, termes qui pourraient aussi bien qualifier le travail de Piano, alors que les deux espaces sont rythmés de façon pratiquement opposée.

Labyrinthique et complexe, l'édifice de Koolhaas permet à chacun de trouver sa place selon sa sociabilité ou son besoin d'isolement. Le va-et-vient des étudiants et professeurs, apparaît ici libre et possiblement fantaisiste. Comme à l'inverse, le parcours des visiteurs de l'Art Institute revu par Piano suit les règles secrètes d'un musée, guidant sans rien imposer, sinon un détour par l'inévitable boutique.

Frédéric Edelmann

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