Cultura: Le zeste architectural chic et inutile de Zaha Hadid

MANCHESTER (ROYAUME-UNI) ENVOYÉ SPÉCIAL

Une biennale aussi passionnante que le Festival international de Manchester, organisée jusqu'au 19 juillet (Le Monde du 13 juillet), qui se veut à la pointe et à l'intersection de diverses pratiques artistiques, n'est pas à l'abri de l'échec, voire de ce que l'on pourrait considérer comme un gag.

Les photos montrant l'installation acoustique conçue par Zaha Hadid, 58 ans, pour une série de concerts des pièces solistes de Johann-Sebastian Bach pour violon, violoncelle ou clavier, avaient de l'allure: l'architecte anglo-irakienne a imaginé un auditorium prétendant à l'immatériel, constitué d'une sorte de zeste d'agrume blanc circonvolutif, dont la conque, à l'arrière du podium, se prolonge et entoure, à la manière d'une voile de bateau tendue, 225 sièges-coques noirs.

Ainsi captée par l'objectif, l'installation a l'élégance hautaine de la célèbre photo du compositeur Igor Stravinsky posant devant un piano (en fait un instrument de carton reconstitué pour la circonstance) pour Arnold Newman, en 1946: c'est austère, minimaliste, chic de chez chic.

Et probablement inutile. Car on est en fait prêt à parier que la salle de la Manchester Art Gallery, où étaient donnés les récitals du violoncelliste français Jean-Guihen Queyras, du 10 au 12 juillet, ne sonnerait ni mieux ni plus mal si on la débarrassait de ce colifichet architectural. Pendant la première partie du concert du 11 juillet, suivie au deuxième rang, le son était trop présent et trop sec. Après avoir troqué notre billet contre celui d'un spectateur placé au dernier rang, on a pu constater que le son, sans être particulièrement bon, était amélioré par la distance. Mais, vue de là, l'installation montrait ses dessous: câbles de suspension et vilaine armature d'acier vissée au plafond de la salle. Pas très chic.

Restait l'essentiel: le concert. Queyras a confirmé qu'il était aussi à l'aise en concert dans les Suites de Bach que dans son magnifique enregistrement pour Harmonia Mundi: l'élégance de sa manière, le raffinement de son élocution, la variété de son imagination font des merveilles. Dans son jeu, nulle ficelle, nul carcan audible : la liberté, l'apesanteur, et une vraie volute architecturale.

Renaud Machart

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