Cultura: Anna Netrebko, soprano glamour et médiatique

Sollicitée par le monde entier, elle maîtrise parfaitement son image. Elle donne, jeudi soir, un récital à Pleyel avec le ténor Massimo Giordano.

Christian Merlin


L'opéra a toujours été enclin à diviniser ses stars, bien avant l'invention du cinéma. L'arrivée des médias modernes a favorisé certaines confusions des genres : on se souvient des films hollywoodiens tournés par le ténor Mario Lanza dans les années 1950, plus que de ses apparitions sur scène. Depuis qu'elle a été absorbée par la pieuvre médiatique, Anna Netrebko sait bien qu'elle est sur le fil du rasoir, entre deux chemins diamétralement opposés : le culte de l'image et du marketing d'une part, avec ce qu'il suppose de superficialité, la discipline la plus exigeante qui soit d'autre part, celle du chant lyrique, véritable ascèse, travail inlassable et secret.

Au fond, elle ne s'en sort pas mal, cette femme moderne de 38 ans, qui maîtrise excellemment les outils de communication et de promotion. Si l'on oublie une histoire de Cendrillon montée en épingle pour faire pleurer dans les chaumières (elle fait des ménages au Théâtre Mariinsky pour payer ses études au Conservatoire de Saint-Pétersbourg), son parcours est assez classique. Découverte par Valery Gergiev, elle intègre à 24 ans la troupe du Kirov, qui se fait dans le monde entier l'ambassadeur de l'opéra russe.

Débutante en Suzanne des Noces de Figaro, elle se fait connaître à la faveur des tournées internationales : la Scala, le Met, le Festival de Salzbourg lui font les yeux doux. Il est vrai que, si sa voix est charmante, elle a aussi un physique de cinéma. Deutsche Grammophon la prend dans son écurie : son premier CD d'air d'opéras, en 2003, est en tête des ventes classiques. En Allemagne et surtout en Autriche où elle s'installe et se fait naturaliser, c'est une lame de fond. Vincent Paterson, le réalisateur des clips de Michael Jackson et Madonna, la filme dans The Woman, The Voice, où les airs d'opéra sont assaisonnés à la sauce MTV.

On lui trouve un partenaire à sa mesure en la personne du ténor Rolando Villazon, déjà favori du public : deux acteurs nés, crédibles, l'âge du rôle. Et voilà qu'Universal tient sa revanche sur EMI qui produit Alagna et Gheorghiu. Une Traviata aussitôt légendaire couronne leur partenariat scénique incandescent, à Salzbourg, en 2005, suivie de L'Élixir d'amour et de Manon. Son mariage avec le baryton uruguayen Erwin Schrott, la naissance de leur fils en septembre dernier sont suivis avec passion par les médias : la voilà aussi présente dans les rubriques people que dans les pages culture.

L'amateur d'art lyrique aime avoir le cœur qui chavire… Mais écoutons-la sans la regarder : une jolie voix, certes, chaude et fruitée, mais peu personnelle, pas toujours souveraine dans les vocalises, d'une diction souvent floue. Rien de rédhibitoire, rien d'inoubliable. Cela signifierait-il que, pour être une diva aujourd'hui, la voix ne suffit plus ?

Elle reprendra également «L'Élixir d'amour» à l'Opéra Bastille, à partir du 10 octobre.

http://www.lefigaro.fr/musique/2009/09/29/03006-20090929ARTFIG00416-anna-netrebkosoprano-glamouret-mediatique-.php

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