Debate: Polémique autour d'une restauration



En avril, Gilbert Meyer, maire (UMP) de Colmar (Haut-Rhin), signait le permis deconstruire de l'extension, par les architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron, du Musée Unterlinden. Dans la foulée était annoncée une importante campagne de restauration des collections abritant, entre autres, un chef-d'oeuvre, le Retable d'Issenheim, réalisé au début du XVIe siècle par l'ébéniste Nicolas d'Haguenau (1445-1538) et peint par celui qu'on a longtemps nommé "Grünewald", en réalité Mathis Gothart Nithart (1460 ou 1475 - 1528).
La nouvelle de la restauration était donc connue depuis trois mois, mais il a fallu que le site Internet Latribunedelart.com s'en empare pour que les autorités commencent à s'émouvoir. Dans un article argumenté, Didier Rykner s'inquiète de ces travaux, qu'il juge précipités. Pourtant, selon la directrice du musée, Pantxika de Paepe, il s'agit simplement d'un allégement des vernis, qui ont jauni avec le temps, et de l'enlèvement de quelques repeints. Selon le site de la Fondation du patrimoine, il s'agit de retrouver "la composition originale (...), par exemple le ciel étoilé de La Résurrection et la présence dans le même panneau de soldats en arrière-plan, qui aujourd'hui sont invisibles".
Un comité scientifique a bien été constitué, mais la restauration aurait débuté avant qu'il ne rende ses conclusions. Surtout, Didier Rykner oppose un argument de bon sens. Si réellement une restauration est nécessaire, et alors que le retable doit êtredéplacé dans un autre bâtiment durant les travaux, déménagement qui peut éventuellement le fragiliser, "on ne comprend pas pourquoi elle ne peut être menée après le retour du retable dans son environnement définitif".

UN COÛT NON NÉGLIGEABLE
Le ministère de la culture, qui, il y a une semaine, avait déjà exprimé des réserves, a formellement demandé de tout arrêter. Selon Libération, il s'agit moins d'une réponse au réquisitoire dressé par Didier Rykner qu'au rapport rendu par le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), dont la directrice, Marie Lavandier, émet des réserves "non seulement sur la méthode suivie, mais aussi sur l'opportunité du projet".
Sans compter un coût non négligeable, mais lui aussi connu depuis avril. Les restauratrices estiment le chantier à 285 jours de travail, dont 150 pour amincir les vernis et ôter les repeints, et 135 pour effectuer les retouches. L'ensemble est évalué à 341 000 euros. Une partie (100 000 euros) est prise en charge par la Fondation du patrimoine, une autre (80 000 euros) par l'Etat et la région, la société Schongauer, association chargée depuis 1853 de la gestion du Musée d'Unterlinden, apportant 11 000 euros. Manquent 150 000 euros, dont on espère qu'ils seront versés par des entreprises locales au titre du mécénat. Didier Rykner s'étonne qu'une telle opération ait été lancée sans que son financement soit assuré. Il est en outre à craindre que la polémique n'incite guère les éventuels mécènes à mettre leur argent, et leur nom, dans une entreprise contestable.
Harry Bellet



http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/07/30/polemique-autour-d-une-restauration_1554462_3246.html




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